Saint Basile le Grand, archevêque de Césarée de Cappadoce (+379)
Homélie sur le psaume premier
Icône grecque contemporaine du moine Léonce
Homélie sur le psaume premier
Icône grecque contemporaine du moine Léonce
Toute l'Ecriture est divinement inspirée et utile, dictée par l'Esprit Saint pour que tout homme y puisse choisir, comme en un dispensaire spirituel, la médecine appropriée à chacun de nos maux.
Autre est l'enseignement des Prophètes, autre celui des Livres historiques, autre celui de la Loi , autre encore la forme d'exhortation qui se trouve dans les Proverbes.
Mais ce qui est utile dans tous les autres domaines est contenu par ce seul livre des Psaumes.
Il prophétise l’avenir, remémore l’histoire, donne des règles de vie, et des conseils pratiques. En un mot, c’est le Trésor Universel des Bons Enseignements, le manuel offrant avec sollicitude à chacun ce qui lui est profitable. Car il soigne les antiques blessures des âmes, porte aux nouvelles plaies la prompte guérison, soigne ce qui est atteint, préserve ce qui est saint. Autant qu’il est possible, il ôte les passions qui durant notre vie règnent de diverses manières sur nos âmes. Et cela, non sans un délicieux attrait sur elles, un certain charme faisant naître de chastes pensées.
Et, comme l'Esprit Saint semble avoir du mal à guider le genre humain vers la pratique de la vertu, alors que nous dévions du bien à cause de notre penchant vers le plaisir, que fait-Il ? Il mêle aux enseignements le charme de la psalmodie, en sorte que, par la douceur et l’agrément de ce que l’on entend, nous puissions percevoir, sans nous en rendre compte, ce que les paroles ont d’utile pour nous ; tout comme ces habiles médecins qui, lorsqu’ils donnent à boire les remèdes les plus amers à ceux qui souffrent d’apepsie, (note de l’auteur du blog : apepsie : (médecine, n. fém.sin.) ralentissement de la digestion, dû à une insuffisance d'enzymes digestives) se servent fréquemment de miel pour enrober la potion.
Ainsi, l’harmonieuse mélodie des psaumes nous semble réaliser ce but : ceux qui ont l’âge ou les manières de la jeunesse, tandis qu’ils chantent apparemment, forment leur âme en réalité.
Le psaume est tranquillité de l’âme et cause de paix, il calme le tumulte des pensées. Il apaise l’emportement, il assagit l’intempérant. Le psaume favorise l’amitié, réunit les divergents, réconcilie les adversaires. Qui, en effet, peut encore considérer comme ennemi celui avec lequel il fond sa voix en prière vers Dieu ?
Ainsi donc, la psalmodie procure le plus grand de tous les biens, la charité, faisant de l’accord des voix comme un lien vers l’unité, harmonisant les membres de l’assemblée pour les unir en un seul chœur.
Le psaume est le moyen de chasser les démons, l’assistance des Anges est appelée par lui ; c’est l’arme combattant les frayeurs de la nuit, c’est aussi le repos des fatigues du jour.
C’est pour les enfants un guide sûr, pour les jeunes gens un splendide joyau, il est consolation pour les vieillards, pour les femmes un très juste ornement.
Il est chez lui dans les ermitages, sur les places publiques il porte la sagesse.
Il est la formation des débutants, le développement de qui progresse, l’épanouissement de qui rejoint la perfection.
Il est la Voix de l’Eglise : il fait briller d’allégresse les festivités, ou bien stimule la componction. Même des cœurs de pierre il excite les larmes.
Le psaume est office des Anges, céleste conversation, encens spirituel.
Quelle sage disposition de notre Maître, par l’ingéniosité duquel nous pouvons chanter, tout en apprenant ce qui nous est profitable ! Ainsi les enseignements s’impriment d’avantage en nos âmes. Ce qu’on apprend par contrainte n’a pas coutume de durer, mais ce qui entre en nos âmes avec charme et bonheur s’y fixe durablement.
Dès lors, qu’est-ce qui nous empêche d’apprendre la grandeur du courage, la fidélité des justes, la splendeur de la tempérance, la perfection de la sagesse, la vie de pénitence, la modération de la patience, enfin tous les biens imaginables ?
C’est là que l’on trouve la parfaite théologie, l’annonce prophétique de l’incarnation du Christ, la menace du jugement, l’espérance de la résurrection, la crainte du châtiment, la promesse de la gloire, la révélation des mystères. Dans le livre des psaumes, tout se trouve amassé, comme en un grand répertoire universel.
S’il existe de nombreux instruments de musique, c’est à la harpe, au « psaltérion », que le prophète David l’a associé, montrant ainsi, me semble-t-il, la Grâce que d’en haut fait retentir le Saint Esprit, car c’est le seul instrument de musique où les vibrations soient produites par le haut. En effet, dans la lyre ou la cithare, c’est d’en bas que le plectre fait retentir les cordes ; mais le psaltérion reçoit d’en haut la cause de ses modulations.
Nous aussi, appliquons-nous à rechercher les choses d’en haut, et que le plaisir musical ne nous rabaisse pas aux passions de la chair.
Tel est, à mon avis, ce que la parole prophétique, de manière sage et profonde, nous indique par la structure de cet instrument : ceux dont l’âme est harmonieuse et bien accordée trouvent facilement le chemin vers le haut.

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